L’expérience du vide

Avez-vous déjà fait l’expérience du vide ?
Ne rien penser, ne rien ressentir, juste être là.

Cet état de présence pure, c’est celui que recherchent ceux qui pratiquent la méditation. Mais on peut aussi le rencontrer sans le chercher, quand la vie s’en charge pour nous.

C’est ce qui est arrivé à Julien.

Trois semaines sur une île

Julien a passé trois semaines de congé sur une île, avec sa famille. Il y a fait l’expérience du vide. Pas le vide triste, celui de l’ennui. Un vide plein. Un vide fécond, qui lui a ouvert des perspectives nouvelles et lui a rendu une liberté qu’il avait perdue.

Il  avait entendu parlé de cette île par une cliente, ressourcée là l’année précédente. Elle en était revenue habitée par une beauté et une tranquillité qu’il enviait. Une petite île bretonne, réputée pour ses fleurs, ses rochers roses, sans voiture.

Pour faire une surprise à sa femme et ses deux filles, qui lui reprochent souvent d’être trop peu là, il a loué une maison au nord de l’île. Trois semaines. Une première depuis la création de son entreprise, dix-huit ans plus tôt. L’année avait été chargée. Les contraintes s’accumulaient. Il sentait poindre la phobie administrative.

La maison les attendait au milieu d’un jardin planté d’arbres fruitiers, mirabelles, figues, pommes en mûrissement.

Puis vient le moment de demander le wifi.

Pas de wifi. Les propriétaires ont bien installé une antenne 5G, mais il faut une carte SIM Orange. Toute la famille est chez Free. Free ne capte pas. Rien.

La bouffée d’angoisse

Après le premier mouvement de panique, l’expérience lui a plu, à condition de prévenir son comité de direction. Il irait au bourg le lendemain. Il trouverait bien un endroit sur l’île qui capte.

On était vendredi. Cela attendrait lundi.

Et lundi, la pression est revenue. Ses filles d’abord, puis sa femme. Pour elle, il a envoyé un SMS, le seul canal qui passait, au fond du jardin, à la propriétaire.

Elle est arrivée l’après-midi, un peu tendue, soucieuse d’offrir un service impeccable à ses locataires. En entendant sa femme partager ses propres bouffées d’angoisse, Julien a mesuré la scène avec étonnement : comment l’absence de wifi pouvait-elle générer autant de vide, et autant d’angoisse ?

Au rythme bréhatin, la propriétaire a répondu qu’elle irait chercher une carte SIM sur le continent, dans le courant de la semaine suivante. On ne traverse pas pour si peu. Sur l’île, il y a de quoi manger, boire, bricoler, acheter quelques souvenirs. Et c’est à peu près tout.

Un autre rythme

Peu à peu, un autre rythme s’est installé. La beauté des rochers, les couchers de soleil, la pêche, la marche et le vélo l’ont fait ralentir. Il y a goûté. Il dormait et se réveillait sans bruit, quand c’était le bon moment, pour lui, pour eux. Les journées passaient et la vie reprenait sa place, dans son corps, dans leurs relations. Ils ont lu, joué, marché, navigué. Il s’est même inscrit à un stage de voile aux Glénan.

Une semaine plus tard, la propriétaire est revenue avec la carte SIM. Wifi limité. Il l’a partagé avec sa famille. Mais déjà, il regrettait ces jours déconnectés. Il avait retrouvé une liberté intérieure dont il ne soupçonnait pas l’ampleur de la perte. Ce vide avait créé un espace de respiration, une reliance à lui-même, qu’il souhaitait garder.

Le wifi, il s’en est servi une fois par jour, pour vérifier que ses équipes allaient bien. Elles allaient bien. Elles avaient géré seules ce qui s’était présenté.

Son corps et son esprit s’étaient reconnectés à la vie, à la terre, à son propre rythme.

Il n’oubliera pas ces trois semaines. Et il sait désormais qu’il pourra revenir chercher ces moments de vide, pour que la vie se remplisse à nouveau, en lui et autour de lui.

Et vous ?

Cette rentrée est l’occasion de se poser une question simple.

Que faites-vous, chaque jour, pour rester aligné, lucide, perspicace ? Chaque semaine ? Chaque année ?

Le vide de Julien n’est pas né d’une méthode. Il est né d’une contrainte, transformée en espace. On peut aussi le choisir, sans attendre qu’une île nous y oblige.

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Bonne rentrée 2026



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