L’ermite et le monde qui brûle

La France brûle. Des milliers de personnes évacuées, des pompiers qui s’épuisent, des entreprises qui ferment, une chaleur qui empêche même de penser. Et moi, je pars.

Je pars me poser sur l’île de Bréhat, ce petit bijou de granit rose où il fait entre 18 et 24 degrés tout l’été, où l’eau caresse par sa fraîcheur et sa transparence. Nos journées sont rithmnées par les marées : baignade, wind-foil, dériveur, pêche … et dès 17h, les touristes s’en vont, l’île se vide, le bruit des vagues s’imposent, la majesté des paysages nous absorbe, je dors tous les soirs sous la Grande Ourse que je vois de mon lit.

Je ne vais pas prétendre que ce contraste ne me touche pas. Il y a quelque chose qui gêne, sincèrement, à savourer cette fraîcheur pendant que d’autres suffoquent. Mais il y a aussi, tout aussi sincère, la conscience que cette pause n’est pas une fuite. C’est une nécessité.

On ne peut pas apaiser ce qu’on ne porte pas soi-même en paix. On ne peut pas dénouer des tensions, arbitrer des conflits, tenir bon dans les combats de coqs idéologiques sur l’écologie ou l’économie, si l’on n’a pas d’abord retrouvé en soi un peu de silence. C’est vrai pour chacun. C’est vrai plus encore pour ceux qui dirigent : on ne guide pas depuis l’agitation. La clarté d’une décision, la justesse d’un arbitrage, la capacité à tenir un cap quand tout s’échauffe autour de soi — tout cela se prépare ailleurs, en amont, dans ce temps qu’on s’autorise à ne rien produire. La ressource qu’on offre aux autres, il faut d’abord la trouver quelque part. Pour moi, c’est à Bréhat. 

Je viens de terminer l’écriture de mon prochain livre, La 4ème voie du vivant, collaborer avec le vivant, en co-écriture avec Andréa Diaz-Gonzalez. Il vient d’être envoyé à quelques éditeurs. Et il y a, au fond de cette étape, un alignement presque physique : la conviction d’être à la bonne place, dans le bon geste, pour harmoniser en silence, pour laisser émerger les nouvelles façons d’être ensemble — entre nous, avec la Terre-Mère, avec la vie elle-même.

Alors cette pause n’exclut pas les soucis du monde. Elle les accueille autrement. Comme l’ermite qui se retire non pour oublier, mais pour confier : à la vie, à la terre, au ciel, ce qui pèse trop lourd pour être porté seul. Et pour rendre grâce, aussi, à la beauté de la terre, aux amitiés partagées, à nos familles.

Retour fin août, ressourcée, alignée, prête à poursuivre ce chemin avec vous.

Belle pause estivale à toutes et tous, où que vous soyez.

Anne

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